J’aime la laine, j’aime sa douceur, son gonflant, sa chaleur, son élasticité, ses couleurs, ses textures, ses propriétés, son odeur… J’aime les moutons, aussi, et mon village, et ma région. Et en plus, j’aime que les choses que je mange, que j’utilise et que je porte soient fabriquées pas trop loin, dans le respect des femmes et des hommes, des animaux, de la terre, et tutti quanti. Du coup, comme presque toute la laine des moutons autour de nous partait en Chine et que nos vêtements et textiles en laine venaient de trèèès loin, je me suis lancée dans l’aventure un peu folle de faire (faire) des produits en laine locale.

Pour les fils et les produits à partir de fil, j’achète la laine dans trois élevages que je connais bien, pour faire un mélange que j’aime : 50% laine de Texel ou Suffolk bien gonflante de la Bergerie bio du Gros Cron à Lahage (B) et 50% d’agneau Est à laine mérinos toute douce du Gaec Mariembourg à Guébling (57) et du lycée agricole de Pixérecourt (54) en France. La laine est achetée au moins 3 à 4 fois le prix du marché, pour tenter une filière plus équitable avec les éleveurs. Tous mes fils sont réalisés avec ce beau mélange naturel. La laine est lavée chez Traitex à Verviers (B), à l’eau chaude et au détergent doux. Les fils sont filés dans une petite filature familiale française, la filature Terrade en Creuse, sauf pour le tissu, dont le fil est filé chez Garrot dans le Tarn. J’ai 6 épaisseurs de fils, pour tricoter avec des aiguilles 3 à 10. Même le fil 2 brins, le plus fin, peut être tissé en chaîne. Les chaussettes (10 pointures) sont tricotées par Les Poils d’Assenay à Troyes. Les bonnets, gants et mitaines (3 tailles) sont tricotés par Tricotricot à Roanne. Les petits sacs carrés et les besaces sont tricotés chez Ceetex à Tournai. Je réalise ensuite les teintures dans de grandes casseroles, avec des colorants qui ont label bio américain, fixés simplement au vinaigre. L’eau rejetée est tout à fait claire car la laine “épuise” le bain et les colorants présents dans l’eau. Tous les bains sont donc uniques et non reproductibles. Sauf quelques teintes réalisées à la filature. Le tissu est fabriqué au Passe-trame, puis teint et foulonné chez Plo, tous deux dans le Tarn. Il y a de l’écru et de l’anthracite en finition ”gratté”, et de l’écru, potimarron, prune et canard en finition ”rasé”. Les teintes ont le label Oekotex 100. Avec la créatrice de vêtements Marie Cabanac, je propose des ”Cache-cache” : vêtement 4 en 1 : jupe portefeuille, cache-cœur, ”capucharpe” et chauffe-épaules.

Il m’arrive d’avoir de petites séries de nappes cardées colorées à filer ou feutrer. La laine est alors lavée à la main ou chez Traitex, puis cardée au musée du Parc naturel d’Esch sur Sûre (GDL).

Pour les produits en feutre (sacs isothermes, carpettes de bain, maniques), la laine provient actuellement d’un élevage à Nassogne, en province de Luxembourg. Elle a ensuite été lavée chez Traitex puis feutrée en Allemagne. La découpe et la couture sont faites par moi ou par Etoffe Meuse (55). Un atelier d’insertion, en France, mais à 35 km de chez moi :-). Les broderies sur les carpettes de bain et les maniques sont réalisées par l’entreprise Marquet à Arlon.

 

Je choisis toujours les entreprises les plus proches possibles… et ce n’est pas facile de les dénicher, tant le secteur textile est sinistré ou délocalisé en Asie. Tout cela demande un sacré boulot de test, dessin, échantillonnage, prototypage, calcul des prix, recherches de fournisseurs, création, mais c’est ce qui est gai. J’espère tous les jours donner autant de plaisir que j’en prends 🙂 Ygaëlle Dupriez

La tonte, c’est toute une organisation. Et pour que le chantier “roule”, il faut que chacun soit bien à sa place et sache quel est son rôle.